dimanche 18 juin 2017

Appel du 18 juin

Commémorer mais surtout résister.
D’abord résister à la lassitude qu’engendre la répétition des indignations et des indignités. La frontière est ténue entre la personne indigne et la personne indignée.
Est-ce être indigne que d’être indigné par le désengagement de l’Etat Français quant à la sauvegarde des châtaigniers quand le Cynips prospère ?.
Est-ce être indigne que de questionner un peuple qui laisse agoniser ses arbres et ses forêts ?

Châtaignier en partie défolié au CESAP Reugny -10 juin 2017



Pour ma part, je ne peux me résoudre à admettre que l’ensemble des moyens de l’Etat n’ait pas été mobilisé pour contenir cette micro guêpe, qui affaiblit nos arbres et  prive nos colonies d’abeilles d’une ressource normalement abondante et  emblématique de nos régions.
Du miel de châtaignier et du « Toutes Fleurs » un peu corsé, c’est difficile sans miellée de châtaignier
Tant pis pour mon indignation. L’important c’est de mettre en œuvre les moyens de contenir cette énième invasion (le frelon asiatique se fait discret pour le moment dans nos ruchers), de soutenir ceux qui œuvrent à la préservation de nos forêts et de remettre la main à la poche : d’ailleurs avec la disparition du Forfait Apicole au bénéfice du Micro Bénéfice Agricole, c’est déjà bien parti.
Alors en attendant de voir apparaître sur le net  Adopteunchataignier.com, Les internautes curieux vérifieront que la filière apicole représente du point de vue économique moins de dix pour cent des sommes collectées par les radars sur les routes (sans commentaires…).

Les pluies tombées en abondance, au bon moment, ont permis aux châtaigniers de notre région de relancer de nouveaux bourgeons et si de nouvelles pluies surviennent en cours de miellée, on peut encore espérer un copieux miel de forêt. Car les colonies se portent bien mais nous en parlerons plus tard, car aujourd’hui on commémore l’appel du 18 juin !



Jérôme G. alias «  Le mari de l’apicultrice »


Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.
Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night
Dylan Thomas

dimanche 16 avril 2017

Fin de quinquennat

Trente jours
C’est suffisant pour carboniser une année apicole que les derniers jours d’avril 2016 laissait pourtant entrevoir avec une issue optimiste.
Le bilan est désastreux et pour la première fois nous sommes obligés de comptabiliser les pertes saisonnières comme nos collègues : pas loin de trente colonies disparues.
De quoi rendre le moral plus encalaminé que l’enfumoir en fin de saison
Habituellement nous considérons un orphelinage comme un simple incident fâcheux  que nous traitons avec l’apport d’un essaim sur la colonie orpheline.
Pas d’échappatoire cette année avec par exemple un rucher de douze colonies, sept orphelines et trois essaims capturés : le compte n’y est pas.

2016 est pour nous l’année des 2 saisons : mousson et saison sèche
En Touraine, le six juin 2016


Pas d’acacia, comme partout en Touraine.
 Une bonne dynamique sur le châtaigner mais une impossibilité de récolter car les cadres ne sont pas operculés (ils contiennent du nectar, mais pas du miel qui se définit par un taux d’humidité de moins de 20 % pour la plupart des récoltes)
Pas de Tournesol pour cause de sécheresse sévère et par voie de conséquence un miel toutes fleurs produit en petite quantité.

Nous ne nourrissons jamais les colonies en cours de saison, à peine une dose de survie pour les colonies  faibles à la sortie de l’hiver et une aide en sirop pour les essaims tardifs à la fin de l'été. D’aucuns prétendent que les apiculteurs auront consommé plus de tonnage de sucre que de miel produit en 2016. Nourrir des orphelines  ne présente pas beaucoup d’intérêt  de toutes façons. Nous nous contentons de laisser leur miel aux colonies (peut être une dérive vegan !..).


Dans les faits, il faut nourrir les colonies et surtout les essaims quand les conditions météo sont trop exécrables, même et surtout pendant le quinquennat de la pluie.





L'heure de la tétée pour un essaim avec les opercules du miel de printemps, sous la pluie











Le versant canicule de 2016.  A un petit détail prêt, le couvre-cadre sur le corps de ruche, on pourrait imaginer une superbe fin d’été sur le tournesol au rucher de la Rillonnière


Il ne s’agit en fait que de notre procédé de léchage des hausses réparties sur quelques ruchers  en fin de saison.  Nous évitons ainsi les phénomènes de pillage et de concentration de frelons asiatiques à proximité des ruchers. A noter que nous avons sur le couvre-cadre un carton avec des découpes décentrées pour que les abeilles ne cherchent pas à stocker du miel dans les hausses que nous voulons faire nettoyer pour l’hivernage. Nous stoppons la saison de récolte avant la fin de la floraison des tournesols pour que les abeilles commencent très tôt la collecte de leurs réserves d’hiver dans le corps de la ruche.

lundi 16 mai 2016

Les nouveaux Ruchers

Nous avons du abandonner le Rucher chez Elise. Le petit pré attenant à la maison qui venait d’être vendue en cette fin d’hiver 2015 nous manquera, tant cet emplacement isolé et paisible était pratique d’accès  (malgré une crevaison, coffre rempli de vingt quatre hausses pleines !) et à priori distant des emplacements privilégiés des nids de frelons asiatiques.
Nous avons cependant déménagé la moitié du rucher hiverné trop tard. Un véhicule plus approprié nous aurait permis de sauver six colonies supplémentaires d’une intoxication immédiatement mortelle pour cinq colonies (tapis de butineuses à l’agonie portant du pollen jaune, avant le colza). La sixième colonie, mal en point toute la saison, en partie par notre faute car nous aurions du la transvaser sur de nouveaux cadres, orphelinera finalement cet hiver. Nous avions été prévenu de ce risque et devons l’assumer : un agriculteur pas vraiment bee friendly  tout les cinq kilomètres représente une fausse épée de Damoclès, car le couperet finira par tomber. Un autre rucher prometteur  malgré ce printemps 2016 « difficile », « nez dans le colza », et c’est toute la récolte qui s’envole, en l’absence du retour des butineuses.
Cahin-caha, il faudra donc s’habituer à perdre récoltes ou ruchers à toute période de la saison et donc « mutualiser » les risques, en multipliant les emplacements de petits ruchers, par exemple.
Place donc aux nouveaux ruchers.
La Galdine, aux bons soins de Marie-Anne, où les colonies installées pour le moment s’affairent plus à grand coup d’essaimages à repeupler les bois alentours en biodiversité pollinisatrice qu’à payer loyalement leur loyer en miel.
Cul de Sac en lisière de forêt de Château-Renault à l’invitation de Pascal Piger, Grand Echanson de la Confrérie des Agriculteurs Apis Compatibles.
Eole, surveillé de près par Brigitte, toujours et encore chez Pascal qui est également producteur d’huiles et vinaigre en circuit court et grâce à qui nous aurons peut être bientôt un beau miel de sarrasin.
Présenter Eole nous permet également de parler de notre très forte dépendance au climat, tant ce cinquième printemps apicolement pourri suscite l’exaspération des apiculteurs.
Nous aurons ainsi une pensée pour Jacques Viau. Nous ne le connaissions pas mais aimions sa capacité à décrire avec concision un résumé apicole de l’année. Qu’il abandonne l’apiculture, nous laisse incrédules.
Déluge le 31 avril et gel le 1er mai, en Touraine, Jardin de la France ! : Incrédulité encore.
Hé ! L’éleveur, t’a encore oublié de mettre les bouées à tes vaches.
Souviens toi l’été dernier, c’était canicule : l’orge trop mûr crépitait bruyamment sous l’effet de l’éclatement des grains trop secs.
Bien entendu, départ de feu après départ de feu pour la moisson 2015, nous avons attendu avant d’installer nos colonies et aurions pu économiser un désherbage sous le soleil de plomb.
Rucher installé en mode écobuage. La récolte de tournesol sera simplement catastrophique. C’est elle qui donnait aux anciens des rendements de quatre vingt kilos par ruche !

Résumé apicole :
Nous sommes encore de bons Eleveurs d’abeilles : Toujours pas de mortalités hivernales ou saisonnières significatives (de celles que l’on peut anticiper, par exemple avec Noël au balcon, lutte contre le varroa, orphelinages…). 
Plein d’essaims captés ou offerts à la nature (et à nos collègues voisins !), 
Un grand classique : La Brouette tourangelle

C'est-à-dire des colonies dynamiques malgré les déluges d’avril et les gelées de mai.
Dicton du nord Touraine :
Quand l’essaim au printemps sort de la ruche, il est temps de sortir des hausses le miel de printemps.
Pause café pendant la récolte le 8 mai

Et pour faire concis comme Jacques Viau, cela sera tout et c’est un extrait de notre manuel de Non Conduite de Rucher (3972 pages que nous ne détaillerons pas plus tard). Pour ce qui relèverait d’une activité dite d’Apiculteur, c’est une autre histoire et on prendra le temps d’en parler Ailleurs.

dimanche 28 juin 2015

Chronos

La quiétude de l’automne fin novembre deux mille quatorze, dans le rucher « historique » de la Rillonnière . A l’arrière plan le vert des hectares de colza qui souligne d’emblée que les butineuses n’auront pas beaucoup de chemin à parcourir pour la miellée de printemps. C’est le moment propice pour désherber les ruchers, nettoyer et inventorier le matériel, livrer le miel pour soulager les premiers rhumes. Le nettoyage des hausses attendra le froid de l’hiver car la propolis est alors plus cassante que collante.


Tellement attendu l’Hiver que les souris ont largement investi les empilements de hausses sous la grange, pour se protéger des courants d’air qui déplaisent tant à la teigne, grignoter la cire et commettre mille forfaits, pendant que les chats de la maison se prélassaient auprès du poêle. C’est décidé, il y aura une miellerie à la Rillonnière ! Et surtout un endroit clos pour protéger les hausses à l’automne et en début d’hiver, et puis ceci, et encore cela !

Certes, mais d’abord il faut finir de chauler les murs de la grange et braver l’inconfort des barreaux du troisième pan de l’échelle en alu.

Rallonger un peu la chape existante, parce que sinon les maturateurs de 1000 kg de miel (!) ne rentreront pas.

Et quand on ne sait pas faire du béton, on triche un peu avec le volume des parpaings de 20

Cet hiver, pas significativement froid mais qui n’en finit pas, ne nous permet pas de vérifier dans les ruches si tout se passe bien. Fin février 2015, nous devons nous contenter d’observer les premières tentatives de récoltes de pollen sur les toutes premières fleurs disponibles pour envisager que la ponte des reines a repris.

Après des semaines d’esquisses et d’atermoiement, il faut bien commencer les travaux. Et pour commencer des travaux il n’y a rien de mieux que de faire appel à cousin Grégoire, parrain de la colonie Cyprès qui fait la grappe à quelques encablures de la grange. En bricoleur averti, niveau laser en main, emprunté à un ami qui a gagné un pot de miel d’acacia mais qui, comme nous tous au demeurant, l’ignore encore, puisque nous ne l’avons pas récolté,  le niveau des muralières est vite déterminé. La pose des madriers, c’est une autre histoire : une demi-journée pour cinq trous. Les murs d’une ferme de quelques siècles savent se faire respecter et nous apprennent ce qui relève vraiment  de  « la construction durable ».

Une fois les madriers scellés, bastaings et chevrons vont rapidement dessiner les contours de la miellerie, bien évidemment déjà trop petite.
 Pendant ce temps, à la moitié de mars, les colzas dans les brumes tiédies relèvent déjà la tête.




L’indispensable Grégoire met en place le réseau électrique (et plus tard la plomberie).


 Les portes, suspendues aux serre-joints, nous indiquent qu’une miellerie se doit d’être étanche aux abeilles et le chemin qu’il reste à parcourir pour que l’objectif soit atteint.


Un chemin semé d’embuches

Besoin de ragréage avec des creux de 2 centimètre et demi à rattraper.

Besoin de lumière naturelle apportée avec diligence par notre couvreur et néanmoins apiculteur Noel Valibus.

 Par chance, début avril, les premières inflorescences de colza nous montrent que le printemps à quinze jours de retard par rapport à la saison 2014.
  Quinze jours représentent un peu plus de temps pour le travail de plaquiste (approximativement).



 Ceci n’est pas une photographie floue. C’est la preuve que nous travaillons aussi vite que possible pour conserver du temps disponible pour nos abeilles dans les ruchers.

12 avril :  le printemps, enfin.


20 avril : une reine éclot

27 avril : La vie continue. Un des rares essaims de l’année à porter un nom, de plante, ou plus exactement de plant : Cabernet sur son cep éponyme.


Mobilisant toute nos ressources, même sous les déguisements les plus improbables, pendant que le rodéo continu dans les ruchers.




On peut distinguer ici quatre des huit grappes d’abeilles présentes chez Lulu ce cinq mai 2015, dignes représentantes de la fratrie de Big Mama et bien évidemment perchées à cinq mètres de hauteur (seule une grappe, particulièrement rétive, abandonnera son perchoir à dix mètres et le rucher)


La pièce chaude, ragréée. C’est ici que seront stockées les hausses récoltées avant extraction.


Le calepinage du carrelage : quel joli terme pour une prise de tête.


Trop tard. Non promis là,  ce n’est pas nous mais les enfants.


Le miel de printemps n’attend pas.


Carrelage


Encore du carrelage





La deuxième couche de peinture attendra. Pour une fois qu’il y a un peu d’acacia.
Un peu tôt ma fille Clémence pour le V de la victoire, mais c’est un bon début, après tout ce temps à courir. 




dimanche 30 novembre 2014

Adieu veau, vache, cochon, couvée

Bientôt la fin de l’automne, mais la saison apicole s’est terminée pour nous en plein milieu de l’été, avec la (relativement faible) récolte avancée sur le tournesol pour permettre la mise en place le plus tôt possible du traitement anti-varroa destructor (le petit vampire de la ruche) et s’assurer que les abeilles aient suffisamment de temps et de nourriture (fin de floraison des tournesols) disponibles pour stocker dans le corps de la ruche les réserves de l’hiver. Comme l’été s’est enfin réveillé en septembre et octobre ces précautions étaient cependant partiellement superflues.


Enfin un soleil chaud, fin septembre. Les sedums plantés au printemps sont prospères et fleuris













Il y avait tellement d’activités que certains apiculteurs auront peut-être été tentés de reposer des hausses en octobre pour récolter un miel de lierre ! La tradition veut que le butin de ces dernières occasions de faire bombance soit laissé aux abeilles pour l’hiver.


En prévision d’un automne précoce et froid, nous souhaitions également le cas échéant, avoir fini de nourrir les colonies faibles avant mi-septembre.
Pour l’essentiel les colonies ont des réserves suffisantes et seuls quelques essaims tardifs vont bénéficier du sirop fait maison. 
La technique de la pesée est très empirique : camper les pieds et soulever.

Quand le sirop n’est plus consommé (quelques litres seulement en 3 ou quatre approvisionnements), on constate que les colonies ont été convenablement stimulées et qu’avec la météo enfin clémente elles sont « gonflées à bloc ».












Un doute subsiste cependant sur les conséquences de cette hyperactivité tardive pour la longévité des abeilles d’hiver qui ne sont pas censés s’épuiser à parcourir des kilomètres de champs défleuris (on les a observé sur les fleurs les plus improbables, peu réputées en qualité de pollen et de nectar), mais s’économiser en vue de franchir l’hiver suffisamment nombreuses pour faire une belle grappe au cœur de la ruche. Par ailleurs, l’abeille qui rentre épuisée sinon bredouille, ne va-t-elle pas consommer les réserves de l’hiver ?
 Depuis des siècles , elles font ce qui doit être fait. Donc spéculant avec elles sur un hiver court et doux la voiture n’aura pas de pneus neige pour cet hiver.

L’automne, c’est aussi le moment du bilan apicole. Nous avons pu consulter de vieux traités d’économie apicoles (d’avant le varroa, les néonicotinoïdes et le frelon asiatique) : « d’un essaim deux ruches tu construiras, puis dès l’année  suivante ce seront huit colonies qui viendront étoffer ton cheptel et après la vente du miel, du nougat tu produiras», etc…etc.. Alors certes des colonies et même un peu de miel il y eu, mais quel labeur quand nous ne visions qu’une activité de loisir apicole.


Du travail parfois vain aussi : Big mama is gone, laissant une colonie dépleuplée et orpheline.

Adieu Essaim, Ruches, Miel et Nougats

Des menaces et des inquétudes aussi. L'expérience d’une colonie détruite en une dizaine de jours par le frelon asiatique et le sentiment que par un curieux « effet de bord », les produits de la ruche soient inconsciemment assimilés aux pesticides. 
De l’optimisme que diable : cessons d’associer systématiquement  les mots  Abeilles et  les maux Pesticides, sinon nos avettes vont vraiment finir par se vexer et il n’y aura plus de fête.


Et Nathalie ne pourra plus acheter son nougat.